Chapitre 8 : l’exposition
Un groupe d’abeilles se présente à l’entrée de la bâtisse 17, escorté par quelques soldats. Georgette les accueille, embrasse chaque visiteuse sur les deux mandibules et s’adresse à Minidoubs.
« Je te présente Marguerite, Paulette, Laura et Marie-Claire… Ce sont des copines qui viennent du bâtiment 58, plus loin dans le rucher des 800.
- Enchanté mesdemoiselles, vous êtes particulièrement ravissantes…

- Minidoubs ! Commence pas à les draguer…
- Nous sommes honorées de rencontrer un minigoss dans notre monde, dit Paulette.
Et merci monsieur ! Vous n’êtes pas mal non plus, jeune mâle…
- Hum !… Nous avons de temps en temps des contacts avec d’autres ruches, reprend Georgette, aujourd’hui on accueille un groupe appartenant au syndicat F.O, c’est à dire ‘’ Fédération des Ouvrières ’’. On s’est inspirées des humains, il faut en effet que nous, travailleuses et travailleurs… Non ! J’efface "travailleurs’’. Nous devons défendre nos droits.
- Tiens ! Il faudra que j’en parle à mes amis minigoss, on n’a pas ça chez nous…
- Venons-en au fait ! Elles sont venues aussi pour nous rendre compte de l’exposition organisée par nos propriétaires communs, dans une… pi-pi-naire…
- Tu veux dire ‘’pépinière’’ Georgette.
- Oui ! Merci Laura ! Pé-pi-nière… Pas facile à dire…
Continue Paulette ! C’est toi la chef…
- Cela n’a pas été de tout repos : le patron a retiré un immeuble de notre
bâtiment 58 avec une partie de notre colonie, on était en effet un millier environ avec notre Reine Maya 58, il a entouré l’ensemble de vitres pour
nous garder prisonnières, c’était préférable d’ailleurs, car nos kamikazes auraient attaqué la foule de badauds qui sont venus nous voir. Mais on n’était pas à l’aise
là-bas dedans, à l’étroit et en garde-à-vue.
- On a vu quelque chose de semblable à la télé, chez nous en dessous, remarque Minidoubs, on nous montrait des animaux sauvages prisonniers des humains dans un grand parc, ils appellent ça une ‘’ménagerie’’.
- On rageait car dehors, il y avait plein de fleurs et arbustes qu’on aurait bien voulu butiner, intervient Marguerite. Et puis le comble : on a vu les enfants de nos patrons décorer des objets fabriqués dans des sortes de moules, un scandale ! On a reconnu la cire qui nous sert à fabriquer nos studios. Quel gâchis quand on pense a tous ces mal logés dans le monde…

- Nous devons être positives Paulette, remarque Marie-Claire, on a quand même été fières de voir des humains acheter des pots de notre miel provenant de différentes récoltes : sapin, acacia, toutes fleurs…
- Oui ! J’ai eu l’occasion de goûter une fois du sapin, c’est délicieux, remarque Marion qui s’est jointe au groupe.

- Eh bien justement ! reprend Paulette, on vous en a apporté un peu, mettez-le au frais, vous le dégusterez quand nous serons rentrées chez nous avant la traite du soir.
- Ah bon ? Vous rentrez chez vous pour traire des vaches ?
s’étonne Minidoubs.
- Non ! C’est une expression empruntée aux humains, mais chez eux ça veut dire qu’ils leur volent du lait, nous on ne prend rien à nos larves, au contraire, nous les traitons avec amour, on les gave de miel… »
À suivre chapitre 9 : la tristesse de Georgette