Cercle des ouvriers

Publié le par Francis Creg / Marion

Un petit poème en attendant le lancement du nouveau conte... 

Merci à notre auteur 

 

 

Le cercle des ouvriers disparus

 

J’ai rêvé que je prenais mon baluchon

Et partais sur les routes avec les Compagnons.

Je voulais apprendre plusieurs métiers

Et me voyais déjà charpentier.

Je faisais glisser le copeau

Sur le fer difficile du ciseau

Que j’avais forgé et affûté moi-même.

Je sentais le parfum du bois, caressais ses veines,

Escaladais la charpente usagée d’un clocher,

Assemblais des tenons, y glissais des chevilles ajustées,

Voyais passer entre les poutres enchevêtrées

Des prières secrètes s’élevant vers le Ciel.

Alors je me suis réveillé.

A quoi cela m’aurait-il avancé,

Puisque les poutres, maintenant, sont en béton vibré ?

A quoi cela m’aurait-il servi d’apprendre à forger un outil

Que l’on achète souvent, sans se soucier du prix ?

 

C’était juste pour posséder un savoir-faire

Utile à un épanouissement dans ce domaine

Ou dans un autre, si le destin m’y mène.

C’était juste pour me servir de mes mains lestes,

Manipuler l’objet, caresser la matière,

Façonner et assembler, maîtriser le geste,

Avec ses seuls doigts le non-voyant sait le faire,

Car hormis son cœur, c’est tout ce qui lui reste.

 

« Longtemps, longtemps, longtemps

Après que les ouvriers ont disparu… »

Sera peut-être une chanson d’un prochain siècle ?

Qu’adviendra-t-il alors des mots : menuisier, ébéniste, horloger,

 Apiculteur, éleveur, fromager,

Souffleur de verre, forgeron, vitrier…

Alors que, déjà, certains de ces métiers

Ne se produisent plus que dans les fêtes de village ?

 

Mais longtemps, longtemps, très longtemps

Après que les ouvriers auront disparu vraiment,

Un homme survivant d’un cataclysme qu’il n’aura pas voulu,

Trouvera dans les débris un petit objet charmant.

Il constatera que c’est un petit cœur sculpté et ciselé

Par des mains d’une habileté qui n’existe plus,

Dans du très dur et difficile bois de hêtre,

Cet arbre qui n’existe plus, non plus.

En regardant de plus près ce petit cœur gracile,

Il y verra gravé des initiales,

Une date très ancienne : « 2000 »

Et une inscription révolue :

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Francis Creg

 

 

 

Publié dans LE COIN DES ARTISTES

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francis creg 13/10/2010 08:52


Je suis touché que vous ayez publié ce poème. Du fait de la conjoncture actuelle, ce serait effectivement utile que certains métiers soient sauvés, d'autres renaissent.
Quant au métier d'apiculteur, il est parmi ceux qui doivent survivre, sinon la Nature sera menacée.
Alors, je vais sculpter des petits coeurs graciles pour dire à toute la famille Renaud que nous les aimons...
Bon courage pour la poursuite de vos projets.
Francis Creg